Mathilde Jardin

Mathilde Jardin vit et travaille à Marseille

En 2026, elle est diplômée de l'École des Beaux-Arts de Marseille 

 

Peindre commence souvent par l'attention portée à un détail du quotidien : une pomme, une balle de jonglage, les stries d'un papier peint. Ce qui m'intéresse dans ces formes ordinaires tient autant à l'ambiguïté de sens qu'elles contiennent que leur capacité à agir dans l'espace pictural. J'aime accorder autant d'importance à un élément apparemment anodin qu'à une figure humaine, laissant parfois un détail secondaire réorganiser l'ensemble de la peinture.

 

Ma pratique se construit dans un va-et-vient entre la miniature et des formats à l'échelle du corps. Un même motif peut être peint au creux de ma main puis changer d'échelle pour entrer en relation avec d'autres formes sur une surface plus vaste. Dans les grands formats, je pars souvent d'un mot attrapé au fil d'une conversation ou d'une lecture. À l'instar de la narratrice du Cornet acoustique de Leonora Carrington, j'imagine être dotée d'une corne me permettant d'entendre le monde différemment et de faire de ses accrocs, un prétexte à la peinture. Je cherche les tensions et les déplacements de sens que ces mots produisent, puis tente de les prolonger par les moyens propres à la peinture.

 

Je croise ces recherches à des images issues de films, d'archives familiales ou de peintures préexistantes. À partir de croquis, de collages et d'associations successives, je compose des images qui s'éloignent d'une logique strictement descriptive. Objets, figures et espaces s'y côtoient sans que leurs relations soient entièrement révélées. Je recherche enfin une forme de théâtralité. Les figures et les objets semblent parfois jouer un rôle selon une logique qui nous échappe en partie. Je m'intéresse aux moments où le familier devient étrange, lorsque plusieurs hypothèses peuvent coexister sans qu'aucune ne s'impose définitivement.