Louise Janet

Née en 1999

Louise Janet vit et travaille à Paris

Diplômée des Beaux Arts de Paris (2023)

 

"Sœur songeuse et amie confidente sur un lit, colocataires conversant dans une cuisine, grands- parents hypnotisés par leur téléviseur, domicile de nuit : le monde de Louise Janet est purement affectif. Dans ces scènes, l’artiste n’est jamais loin, son ombre apparaît parfois à l’instar de la silhouette de Vivian Maier, témoin discrète mais toujours présente.

 

Les tableaux de Louise Janet sont les cases d’une vie à feuilleter. Les vignettes d’une bande dessinée tendre, cruelle et drôle, comme peut l’être le Springfield des Simpson. Le regard de l’artiste est omniscient, passe-muraille comme celui de Chris Ware. Il traverse les cloisons qui séparent les individus, abolissant la distance pour révéler une intimité partagée. Loin de la perspective monofocale théorisée par Alberti, son œil se balade sans hiérarchie, comme dans une miniature persane, tissant une relation plus sensorielle et empathique avec ses sujets.

Sous ses crayons, puis ses pinceaux, rien ne lui échappe : l’agencement d’une chambre, le motif chamarré d’une couette, le détail d’un tatouage. Sous la tendresse apparente de ses scènes, c’est une chronique urbaine qui se dessine, faite de lumières blafardes, de fenêtres allumées tard le soir, de moments ordinaires. Une chronique habitée par ceux qui vivent là, en attente, ensemble mais seuls, dans ces banlieues toujours en mouvement. Douce mélancolie des strips de Charlie Brown ou des nouvelles de Raymond Carver. Comme chez l’écrivain américain, les scènes de Louise Janet retiennent leurs secrets. Les sentiments, les tensions, les tendresses passent en silence, glissés dans un geste retenu, une lumière dans une pièce vide.

 

Ces tableaux, comme ses dialogues inachevés racontent ce qui ne se dit pas, ce qui est là, tapi, parfois invisible mais toujours latent : l’amour, la solitude, la fragilité des liens. Louise Janet livre un portrait sensible de notre époque, où les petites scènes de la vie privée, à l’atmosphère vuillardienne, s’ouvrent sur une ville morcelée, réceptacle de nos solitudes partagées. Il y a, dans cette peinture tendre et inquiète, une lucidité sans cynisme, une manière d’observer la vie comme on regarderait une scène intérieure : avec cette attention particulière à ce qui, dans le décor, dit tout bas ce que les mots taisent."

Enzo Menuge