François Malingrëy

informations, œuvres disponibles  : contact@jonathanroze.com
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Né en 1989, François Malingrëy est diplômé de l'École des Arts Décoratifs de Strasbourg en 2013. En 2015, il participe au 60e salon de Montrouge , y obtient le prix du Conseil Général des Hauts de Seine et montre son travail, dans la foulée, au Palais de Tokyo.
Parallèlement, François Malingrëy réalise ses premières expositions personnelles et collectives entre Paris, Strasbourg, Nancy et Luxembourg où il présente "Les moqueurs" en 2018 à la galerie Hervé Lancelin. C'est à cette période qu'il rencontre Franck Le Feuvre et Jonathan Roze qui le représentent depuis. François Malingrëy fait ses débuts à la galerie Le Feuvre & Roze aux côtés de Julien Colombier, à l'occasion de l'exposition "Les Nouveaux", fin 2018. Suivent trois expositions personnelles cataloguées : "Les Silencieux" de mars à mai 2020, "La Chambre Rouge" en septembre 2021 (double exposition solo sur Art Paris Art Fair et à la galerie) et "Les reflets, la naissance, les effondrés" en mai 2023. Pour cette dernière, la galerie s'associe à Christie's et dévoile, quelques jours avant le vernissage, une sélection de douze œuvres dans les salons de la maison de vente parisienne.
Le travail de François Malingrëy, qu'il soit peinture, fresque murale ou sculpture, suscite l'intérêt de collectionneurs renommés autant que d'institutions publiques ou privées, parmi lesquelles Le Musée des Beaux-Arts de Nancy, Le Palais de Tokyo, Le Musée de La Chasse et de La Nature (Paris), Le Museo Villa Dei Cedri (Bellinzona, Suisse), la Fondation Pierre et Poppy Salinger (Le Thor, France). 
Jonathan ROZE
 
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François Malingrëy par Marie Maertens
 
Des bébés assis, des bébés accroupis, des bébés qui rampent, des bébés qui pleurent, des bébés hissés, des bébés caressés… des bébés qui nous envahissent… Pour son troisième solo-show à la galerie Le Feuvre & Roze, François Malingrey propose deux nouvelles séries, peuplées de chérubins et d'enfants, mais aussi de celles qui les ont mis au monde, de pères fécondateurs ou d'hommes parfois querelleurs et bagarreurs... Grandes scènes de genre ou portraits resserrés construisent un univers dont le peintre ne donnera jamais les clefs de lecture avec précision, mais qui abordent les sujets centraux de la vie et de la mort.
 
Généreux pour chacune de ses expositions, François Malingrey aime donner à voir nombre de toiles de formats divers, parfois surplombées de bois découpés, et enrichies ici de nouvelles sculptures en bronze ou en plâtre. Accompagnant ses moments de vie - les modèles de ses tableaux sont d'ailleurs ceux qui peuplent la sienne - les œuvres traitent majoritairement du bouleversement de l'arrivée d'un enfant et de questionnements sur sa mise au monde à notre époque. Se reproduisant même en père quelque peu interrogatif, voire attentiste face à la suite, multipliant les images de sa compagne et mère de son premier enfant, il accroît les reproductions d'un corps de bébé qui devient un stéréotype, sorte de modèle générique et sculptural par sa blancheur immaculée, figure mythologique hors-temps, tout en étant protagoniste d'un énergique storyboard. Dessinés à partir de photographies, qui pour les grandes scènes sont recomposées sur ordinateur, ces nourrissons se mêlent dans l'imaginaire aux putti de l'histoire de l'art et pourraient évoquer la figure d'un Cupidon malicieux et taquin. L'artiste connaît ses classiques, mais ne s'épanchera pas sur les références, même s'il peut citer les noms de Vilhelm Hammershoi et de Félix Vallotton, pour les compositions de ses intérieurs. Un calme apparent y interroge, voire inquiète délicatement quant à la suite du récit ou cette mise en avant des failles et possibilités d'effondrement de chacun. Ces cadres intimes sont nets, équilibrés, débutant souvent, à l'instar d'une scène de théâtre, par un élément de décor. Le plasticien y laisse naître une forme de virtuosité picturale quasi-naturelle, notamment dans les traitements des tissus, avant de positionner ses personnages, aux visages parfois dissimulés, pour n'en pas dévoiler immédiatement les intentions ou permettre une certaine mise à distance. Au sein de fonds neutres ou plus narratifs, de plans éclairés en différentes densités, un même modèle affichera des positions multiples d'une toile à l'autre, oscillant entre le hiératisme de la sculpture et des juxtapositions enlevées qui évoquent la danse. Alors, on ne sera pas surpris de savoir qu'il admire Pina Bausch, car les bras, les jambes musclées ou les torses de ses acteurs communiquent leur vitalisme, tout en accentuant l'idée d'un arrêt sur image.
 
Ne voulant jamais trop en dire sur la signification précise des actions représentées, François Malingrey a développé dans ce propos global sur l'humanité une recherche sur le reflet, dans des fictions installées en bord de mer. Si les scènes « originelles » se retrouvent amputées par la limite du tableau, le spectateur pourra les reconstituer par ce qu'en témoigne l'eau ou son imaginaire. Là-encore, progressivement s'en dégage de la vigueur, voire de la violence… sciemment brouillée... « Car, nous assure-t-il, si l'on observe avec précision mes œuvres, on s'aperçoit que tout est faux… Par les jeux de couleurs et l'élaboration des différents plans, se construit ce rapport entre le réel et l'imaginaire, donc entre la raison et les émotions. Je laisse également une certaine ambiguïté quant aux sentiments que peuvent nourrir mes protagonistes, ouvrant ainsi davantage les possibilités de lectures. » Parmi d'autres choix esthétiques, il a accentué les effets d'ondulations quasi-baroques, sorte de déhanchés de pâtes maniéristes qui contrastent, là-encore, avec la rigidité apparente des corps immaculés des enfants. Si certaines toiles nous plongent dans la tradition catholique de la gestualité des décentes de croix ou des gisants - même si l'on perçoit bien que l'étude du mouvement passionne davantage l'artiste - il nous entraînerait, en parallèle, dans un réalisme romantique à la Alexandre Cabanel et sa Naissance de Vénus. Il s'attaque à des formats dix-neuvièmistes peu usités par ses confrères contemporains, particulièrement quand ceux-ci réalisent des tableaux figuratifs ou réalistes. Mais ceux de François Malingrey le sont-ils d'ailleurs ? Sans imposer de narration, ils nous questionnent davantage sur le rôle de l'image et sa véracité, accentuant « l'idée d'immersion possible et le fait de pouvoir se dire : j'y crois, lorsqu'on se retrouve face au monde qui nous est présenté. » Pour autant, il laissera des bribes d'espaces moins bien fécondés, des éléments « cassés », comme il les appelle, des erreurs volontaires, donc des choix assumés, également dans le travail des perspectives et des lumières. Ils permettent d'accentuer un jeu de diagonales et de regards qui conduisent vers les thématiques principales et ce que le peintre a décidé d'incarner davantage dans le tableau. On pourra les résumer par le registre des passions, si l'on poursuit le parallèle avec l'histoire de l'art, ou plus globalement l'étude des sentiments humains, totalement atemporels.
 
La multiplicité du bébé et de l'enfant s'est ainsi imposée par ce bouleversement récemment vécu par l'artiste, mais témoigne encore plus profondément d'une fascination pour ce moment de puissance absolue et de développement de potentiels sans limite. Peut-être aussi par une forme d'envie envers cette douce domination acceptée par tous, cette dictature consentie qu'impose le petit être, dans sa liberté intuitive, encore sauvage, parfois féroce, avant qu'elle ne soit trop policée par le monde à venir des adultes.
 
Marie Maertens, journaliste, curator
Text écrit à l'occasion de l'exposition "Les bébés, la naissance, les effondrés", Christie's puis Galerie Le Feuvre & Roze, Paris, avril - mai 2023